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Regards Croisés : la bienveillance

bulles 2Pour son émission de « Regards Croisés », La radio RCF en Bourgogne propose des rencontres avec des professionnels de l’accompagnement. Chaque mois, j’accueille un nouvel invité et un nouveau thème.

Aujourd’hui *, je reçois Fanny Rondelet, alias La Fannette, et il va être question de bienveillance. (* extrait de l’émission diffusée les 17 janvier – 18 h 45 – et 20 janvier – 11 h 15 – sur RCF en Bourgogne, lien ICI)

Yves : Fanny, vous vivez dans la région de Cluny, tout près de Mâcon et vous êtes auteure, conteuse, blogueuse mais aussi dans l’accompagnement grâce à la Communication Non Violente **. Comment définiriez-vous la bienveillance ?

Fanny : Déjà, pour moi la bienveillance est un fil rouge, que ce soit dans ma vie professionnelle ou dans ma vie personnelle. C’est notre capacité à s’accueillir soi-même, et à accueillir l’autre sans jugement.

La bienveillance est naturelle, elle est en nous comme la sève dans les arbres, comme l’air sur la terre. En fait, pour être bienveillant il n’y a pas d’effort à faire, de même qu’il n’y a pas d’effort à faire pour respirer. Par contre, si l’air est très pollué, là, ça devient difficile de respirer. Dans ce cas, on ne va pas remettre en cause notre capacité à respirer, mais on va chercher à résoudre le problème de la pollution. De la même manière, s’il nous est difficile d’être dans la bienveillance, on va chercher à agir, non pas sur notre capacité à être bienveillant, mais sur les souffrances qui font obstacle à la bienveillance. C’est le travail que je fais avec les personnes que j’accompagne : avec mon aide, la personne se met à l’écoute de ses parts blessées, ce qui lui permet de désamorcer certaines de ses croyances limitantes, et donc d’élargir son champ de bienveillance.

Yves : Un exemple pour illustrer cette métaphore ?

Fanny : Imaginons une personne qui ne peut s’empêcher de manger des aliments sucrés, toute la journée. Cette personne a du mal à s’accueillir avec bienveillance dans ce comportement. Si, en étant accompagnée, elle écoute la part d’elle qui se jette toujours sur le sucre, elle va se mettre en lien avec les besoins que cette part cherche à nourrir. Elle va comprendre pourquoi cette part satisfait ses besoins avec la nourriture. Sans doute qu’elle se retrouvera face à une part « petite » d’elle-même, une part enfant d’elle-même. Le fait d’entendre cette part d’elle va l’aider à se décoller d’elle, à prendre de la distance, et à l’accueillir avec bienveillance. Parce que pour accueillir, on a besoin de prendre de la distance. Je ne peux pas ouvrir mes bras à quelqu’un qui est tout le temps collé à moi.

logoYves : Vous voulez dire que la personne devrait commencer par un travail personnel ?

Fanny : Pour moi, tout commence par la bienveillance envers soi, envers les différentes parts de soi. Et oui, effectivement, un travail personnel permet de se mettre à l’écoute de ses différentes parts, et de transformer ses croyances.

Plus on transforme nos croyances limitantes, plus on a de bienveillance envers soi. Et plus on a de bienveillance envers soi, plus on a de bienveillance envers notre entourage. En fait, les schémas relationnels qu’on met en place avec notre entourage correspondent à ceux qui régissent les relations entre les différentes parts de nous-mêmes. Autrement dit, tout conflit extérieur correspond à un conflit intérieur. Donc le conflit est une merveilleuse occasion d’évoluer.

Yves : Oui, le conflit comme moteur au changement, on en parle souvent dans cette émission. Fanny, voulez-vous expliquer à nos auditeurs comment vous en êtes arrivée à utiliser la CNV ?

Fanny : Jeune maman, j’ai eu envie de trouver des clés autour de la parentalité bienveillante. Alors pour développer mes capacités d’écoute, de présence à moi et aux autres, je me suis formée à la Communication Non Violente (la CNV). Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un processus qui a été transmis par  Marshall Rosenberg dans les année 60 et qui donne des jalons pour être présent à ce qui est vivant ici et maintenant, dans la relation.

« L’important, c’est de savoir être présents aux sentiments et aux besoins spécifiques que ressent un individu ici et maintenant. » Marshall Rosenberg

Yves : Et comment ça marche ?

Fanny : On ne va plus se soucier de qui a raison ou qui a tort, qui a juste, qui a faux, mais de ce que je ressens, ce dont j’ai besoin, ce que vous ressentez, ce dont vous avez besoin. Les besoins sont communs à tous les êtres humains. Tout le monde a besoin de nourriture, de compagnie, d’amour, de respect, de considération, etc…

Quand on se centre sur le plan des besoins, on réalise que tout ce qu’on fait, on le fait pour répondre à un besoin. Et les besoins sont légitimes, ils sont la vie, ils sont beaux. Mais parfois, à partir de ces besoins, on fait des choses qui stimulent de la souffrance autour de nous. Par exemple, imaginons que quelqu’un se moque de votre chemise : « ah ah, l’autre, hé, sa chemise, comme elle est moche ! ». On pourrait croire que cette personne cherche à vous nuire, à vous déstabiliser. En fait, non. Elle cherche à nourrir un besoin. De manière inconsciente, certainement, sinon elle s’y prendrait autrement. Mais peut-être que cette personne a un énorme besoin de reconnaissance. Peut-être qu’elle souffre d’un manque de confiance en elle, et qu’elle a besoin de retrouver foi en elle, et en ses capacités. Elle se dit : « ce mec, là, il anime une émission de radio ! Pour qui il se prend ? Moi aussi, je pourrais faire ça, si je voulais ! », elle se dit ça simplement parce que l’idée qu’elle se fait de vous vient stimuler la mauvaise image qu’elle se fait d’elle. Donc, si elle vous cherche, c’est elle qu’elle cherche. Et si on lui disait : « Quand tu dis ça, est-ce que c’est que tu te sens amer, tu voudrais bien être rassuré que toi aussi, tu es capable de réaliser ce qui te tient à cœur ? », si on lui disait ça, peut-être que ça l’aiderait à y voir plus clair sur ses besoins, et qu’elle trouverait une manière de les satisfaire qui serait plus appropriée, et plus au service de la vie.

Yves : Est-ce que finalement la bienveillance n’est pas une forme de gentillesse ?

Fanny : On confond souvent bienveillance et gentillesse. On croit que si on accepte tout des autres, si on se met à leur service, on sera aimé, on évitera tous les conflits. Mais au contraire, être bienveillant signifie aussi dire « non », exprimer ses limites et ses besoins. C’est quand on n’est plus à l’écoute de ses besoins, et qu’on les met sous le couvercle pour se sacrifier pour les autres, qu’on n’est plus dans la bienveillance : on oublie une part de soi, qui a besoin de respect, de considération, de douceur, et cette part ne va pas rester longtemps sous le couvercle : elle va finir par se manifester de manière intempestive, comme un enfant privé de notre attention pendant trop longtemps. Donc je fais vraiment la différence entre la gentillesse, qui relève de la personnalité, qui cherche à se faire aimer ou à éviter les conflits, et la bienveillance, qui est une qualité de notre être profond, qui lui se met au service de la vie dans sa globalité. La CNV aide à faire cette différence et à poser ses limites.

Yves : Au passage, si nos auditeurs souhaitent s’initier à la CNV, je leur conseille un merveilleux ouvrage écrit par son créateur lui-même, Marshall B. Rosenberg « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) ». les mots xIl y a aussi ce que vous écrivez sur votre blog Fanny ?

Fanny : Oui, beaucoup de mes articles, sur mon blog http://croire-en-moi.com/   , sont consacrés à la bienveillance, à travers différents thèmes : la parentalité, la communication, la relation à soi…

Et il y a aussi ce que j’écris en tant qu’auteure, car dans mon travail d’écriture, la bienveillance est également un fil rouge.

J’ai écrit un recueil de contes, Nous sommes tous des princes et des princesses, qui met en scène les personnages typiques des contes, comme les princesses, les princes, les sorcières, les ogres, etc … et qui rompt avec la moralité habituelle du genre, qui veut qu’il y ait des gentils et des méchants, que les gentils soient récompensés à la fin, et que les méchants soient punis. Dans mes contes, il n’y a pas cette dualité, il n’y a pas de récompense ni de punition, tous les personnages bénéficient d’un regard bienveillant, et ils sont tous amenés à évoluer grâce à ce qui leur arrive. Ce qui permet au lecteur de se sentir lui aussi accueilli dans les différents aspects de lui-même. Car les personnages des contes reflètent différentes parts de nous-mêmes. Nous avons une part ogre, une part princesse, une part sorcière… poser un regard bienveillant sur chacune d’elles est libérateur.

Yves : Et qui est Hugo ?

Fanny : Hugo est le personnage principal d’un petit roman jeunesse que j’ai écrit, Le secret d’Hugo, qui raconte donc l’histoire d’un petit garçon, Hugo, qui chemine avec sa différence. Mon intention, avec ce roman, était d’illustrer ce que peut permettre une application de la CNV dans le quotidien.

Pour découvrir les activités de Fanny Rondelet, commander ses livres ou se renseigner surFanny ses spectacles : www.lafannette.odavia.com/

** site de la communication non violente, la CNV : http://nvc-europe.org/SPIP/-La-CNV-

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yves

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