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Regards Croisés : les poisons psychologiques

chat bullePour son émission de « Regards Croisés », La radio RCF en Bourgogne propose des rencontres avec des professionnels de l’accompagnement. Chaque mois, j’accueille un nouvel invité et un nouveau thème.

Aujourd’hui, je reçois René Trolliet thérapeute à Villefranche-sur-Saône, à Lyon et formateur de thérapeutes à Lyon et Montpellier.

Extrait de l’émission diffusée le 20 décembre à 18 h 45 (rediffusion le 23/12 à 11 h 15) : lien ICI

René est venu nous parler des poisons psychologiques. Nous connaissons tous les jeux psychologiques avec lesquels nous jouons.  « Si je fais cela tu vas m’aimer plus » ou «  fais-moi plaisir sinon je suis malade ou en colère » ; la liste est longue. Mais pourquoi le mot « poison » ? N’est ce pas un peu fort ?

René : Non, je ne crois pas. Évidement c’est souvent à petite dose que nous recevons ces poisons mais petit à petit cela peut créer des comportements, des maladies ou voire même des suicides. Nous connaissons tous les expressions « ça, j’ai du mal à l’avaler » ou «  en ce moment je me fais vraiment de la bile »

Ce ne sont pas des expressions anodines mais  elles expriment bien le lien entre notre corps physique et psychologique. Aujourd’hui en particulier par les neuro- sciences nous savons qu’il y a un lien entre notre cerveau et notre corps : la psychosomatique ; un lien aussi entre le cerveau et notre système immunitaire, notre système endocrinien, notre corps tout entier. C’est pourquoi nous parlons de « poison » car le stress, les agressions et autres agents stressants  agissent par le cerveau sur  le corps physique.

Nos ancêtres le savaient, ils l’avaient bien constaté. Ces expressions ne sont pas d’aujourd’hui mais aujourd’hui c’est prouvé scientifiquement.

Yves : Et qu’appelez-vous un poison psychologique ?

René : Un poison est une substance que l’on absorbe et qui nous amène à la mort ou s’il est dilué, à un mauvais fonctionnement du corps. Celui dont je parle se situe dans deux espaces : l’un est le psychologique.

Nous recevons depuis notre naissance et tout le long de notre vie des messages : ces messages exprimés par la parole, entendus par les oreilles, mais aussi des messages reçus par les autres sens, comme par exemple les non-dits, les tabous, les ambiances familiales. A partir de ces messages nous fabriquons des croyances, des certitudes qui vont créer un certain mode de fonctionnement, un certain mode de vie.

Plus tard ces croyances et certitudes parfois ne nous conviennent plus, elles sont confrontées aux croyances et certitudes des autres : c’est ce que nous appelons les remises en question. Souvent nous entrons en conflit avec l’autre, nous défendons avec véhémence nos croyances et certitudes même si parfois nous sommes persuadés que l’autre a raison et ça nous empoisonne la vie ; nous dirigeons notre acidité, notre agressivité vers les autres alors que c’est souvent  notre difficulté à quitter nos vieux systèmes qui nous empoisonne.

Yves : Il y a aussi des personnes dans notre environnement qui nous agressent  et qui nous empoisonnent  la vie…

René : Oui celles-ci nous avons à les éviter ou à nous en séparer, mais souvent elles ne sont pas là par hasard, je ne crois pas au hasard, elles sont là pour nous informer que quelque chose n’est pas en accord à l’intérieur de nous.

Aujourd’hui pour citer d’autres poisons psychologiques, nous avons la publicité, la télévision, internet, qui nous envoient des messages ; qui créent chez nous des nouvelles croyances et  des nouveaux besoins que souvent nous ne pouvons pas obtenir, pas réaliser. Ils  nous endorment comme des moutons et nous dirigent vers ce que nous ne sommes pas.

Lorsque je dis cela j’entends déjà les auditeurs dire « et bien on ne peut  plus rien faire ». Je pense qu’il y a simplement à être lucide,  à être conscient que tous ces éléments extérieurs, nous avons le choix de les prendre ou de ne pas les prendre ; le choix d’être empoisonné ou de ne pas l’être.

Un autre poison c’est de ne pas reconnaître ces émotions et de ne pas les exprimer, cela s’apprend et c’est vital. Émotion veut dire mouvement de vie. On ne bloque pas un mouvement de vie.

Yves : Mais être lucide, choisir suppose d’être en capacité de le faire. Or bon nombre de personnes victimes de ces jeux sont comme hypnotisées. Un conseil pour se réveiller ?

René : S’arrêter… voir ce qui nous convient ce qui nous convient pas. Faire le point de nos besoins réels. Et décider le changement. Décider est une étape et agir une autre étape. Mais parfois c’est une lutte si grande avec soi-même. Puis il y a en plus les freins inconscients et pour cela nous avons besoin d’être accompagné… Dans la thérapie que je pratique, la thérapie holistique, je reçois des personnes malades que j’accompagne afin qu’elles trouvent les ressources pour aller vers la guérison, mais j’accompagne aussi des personnes en prévention ou pour les moments de vie difficiles, des deuils, des choix, des séparations etc. Il est important de quitter le fait de tout pouvoir faire seul, que nous sommes forts.

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Yves : Et quel est le second espace ?

René : Il y a l’espace psychologique mais aussi l’espace existentiel. C’est tout ce qui concerne notre cheminement, nos freins à la réalisation de ce que nous sommes vraiment, de ce que nous avons à faire en lien avec sa foi profonde et là aussi il y a des freins qui nous empoisonnent. Nous pouvons modifier, transformer cela petit à petit.

Dans la spiritualité il en est de même aujourd’hui. Il y a souvent confusion entre spiritualité, religion, doctrine, extrémisme. Chacun a droit à sa foi, sa religion, sa foi à la nature par exemple. Souvent j’entends « je ne crois en rien » et je réponds « même en la vie ? » Et comme disait Voltaire il doit bien y avoir un horloger quelque part ? Lorsque l’on voit la merveille qu’est le corps, la nature, les liens entre les choses, nous ne pouvons  qu’avoir la foi. Pour moi tout cela est nourri par la même source qu’est l’amour.

Si vous utilisez l’amour il n’y a pas de poison. C’est l’antidote suprême.

Yves : Maintenant que nous nous avons connaissance de ces poisons, comment pouvons-nous changer cela ?

René : En premier lieu ; comme je le disais s’arrêter de temps en temps.

Faire le point sur sa vie.

J’aime beaucoup l’image pour faire le point et décider des changements dans sa vie, de devenir spectateur de sa vie dans une salle de cinéma devant le film de sa vie. Je vois ce qui s’est passé et je ne peux plus rien changer sur le passé. J’accepte ce que j’ai fait, ce que l’on m’a fait. J’ai fait du mieux que j’ai pu donc pas de culpabilité pas de regret car ce sont deux de  nos gros poisons. Le passé c’est le passé.

Par contre aujourd’hui avec la mémoire de ce que j’ai vécu,  avec ce qui me fait oui et ce qui me fait non,  je programme les changements pour mon futur et petit à petit, une chose après l’autre, je décide et j’agis afin de faire de ma vie ; (« ma vie » c’est le titre de mon film) vraiment ce que je veux devenir, être.

Yves : Ça me fait penser à une réflexion de Marc Aurèle qui dit « «Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre.» Mais parfois René, c’est peut-être difficile de faire le point sur sa vie ?

René : Je sais aussi que je peux être aidé, j’ai toute une équipe de techniciens autour de moi, je peux me reposer sur d’autres. Je peux écrire un nouveau scénario, choisir un nouveau casting, je suis le réalisateur et metteur en scène de ma vie.

Peut être que  les auditeurs vont penser  « oui mais je ne peux pas »  « oui mais  c’est difficile » et bien – plus de « oui mais » –  c’est un des poisons psychologiques principaux le «  oui mais » à la poubelle.

Yves : Dans le coaching de vie, nous proposons de changer  le « oui mais » par un « oui et ». Une façon de remplacer l’objection par une attitude positive davantage tournée vers une solution.

Dernièrement, j’accompagnais un chef de service au bord du burn out : Je le trouvais fatigué et lui demandais pourquoi il ne prenait pas quelques jours de repos ? Et il me repondit :

-         « Oui mais je n’ai pas le temps, j’ai du travail en retard. »

Je lui demandai alors : « Je croyais que votre entreprise avait justement embauché un assistant pour vous aider ? »

-         « Oui mais il n’a pas encore les compétences, etc, etc… »

Si dans l’exemple les objections du chef de service ne sont pas irrecevables, il n’en est pas moins vrai que ce jeu l’empêche de se tourner vers une éventuelle solution. Et se tourner vers la solution pourrait commencer par se dire « j’ai du travail en retard et je vais montrer à mon assistant comment il pourrait me soulager ».

Au début, cet exercice de remplacer le « oui mais » par un « oui et » n’est pas évident car il ne semble pas naturel… surtout si l’on cherche des raisons à ne pas faire quelque chose… René, un autre exemple de poison ?

René : Oui. Pareil pour les «  il faut » nous les transformons en «  j’ai besoin de » vous verrez cela change tout. Et pour finir je citerais une phrase qui va vous aider. Répétez  vous souvent «  je suis la personne la plus importante de ma vie »

Yves : Et c’est une phrase qui aide à l’estime de soi et si j’ai bien compris le sens de vos propos, un bel antidote aux poisons psychologiques.

RenéPour découvrir les activités de René Trolliet => www.therapie-holistique.fr

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yves

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